Pourquoi le marché privé devient-il une alternative séduisante au marché publique ?

Les instruments financiers, comme les actions ou les obligations, représentent une part croissante des transferts financiers dans le monde. La majorité d’entre elles sont pourtant difficiles à échanger. En effet, la facilité avec laquelle un détenteur d’actions ou d’obligations pourra les céder dépend du marché au sein duquel ces instruments évoluent. Il existe deux marchés : le marché coté (public) et le marché non coté (privé). Ces marchés constituent pour les entreprises un moyen de se financer et, pour les investisseurs, un véhicule pour placer leurs capitaux. Ils jouent un rôle prépondérant dans l’économie mondiale ; pourtant, il subsiste de fortes inégalités d’accès entre ces deux marchés. Selon le dernier rapport McKinsey, les levées de fonds sur les marchés privés ont atteint en 2019 un total de 778 milliards de dollars. A titre de comparaison, le cabinet d’audit EY a comptabilisé, parmi les quelques 1 300 introductions en bourse, “seulement” 204.8 milliards de dollars ont été levés : un montant presque quatre fois inférieur à celui du marché non coté. En outre, le non-coté a vu ses valorisations multipliées par 15 au cours des 10 dernières années.

Les valorisations sont passées de 53 milliards en 2010 à 715 milliards en 2020 au profit du capital-risque.

Pourquoi existe-il de telles disparités entre les deux marchés ?

Quels freins à l’investissement connaissent-ils ?

Comment la structure de ces marchés affecte-t-elle notre économie ?

Marché Privé : Fonctionnement, acteurs et évolutions

Sur le marché du "Private Equity" (actions non-cotées en bourse), les acteurs historiques sont les sociétés de gestion au sens large. Elles servent d’intermédiaires entre (i) les investisseurs institutionnels - ou des particuliers fortunés -, qui les mandatent pour gérer une partie de leurs fonds, et (ii) des entreprises prometteuses. Les fonds gérés par les sociétés de gestion sont investis dans ces entreprises prometteuses, souvent jeunes, avec un fort potentiel de croissance. La société de gestion pilote les entreprises dont elle est actionnaire de façon plus ou moins interventionniste, le but étant l’optimisation et la création maximale de valeur ajoutée par la société accompagnée. En effet, si ces buts sont atteints la société pourra être revendue à un prix supérieur ou introduite en bourse, sur un marché coté, permettant à la société de gestion de servir un bénéfice important aux clients dont elle gère les fonds. Le marché non coté est un marché avec un fort potentiel de croissance.

Le marché non côté se caractérise également par une faible volatilité qui s’explique par la difficulté de céder rapidement les actions ou obligations à un tiers. En effet, ce sont des actifs “non cotés”, ils ne sont donc pas échangeables sur un marché boursier. Le fait que les investisseurs de ce marché souhaitent réaliser des investissements long terme, le rend relativement imperméable aux variations conjoncturelles. Cette volonté entraîne également une faible liquidité car la durée d’immobilisation du capital ne peut pas être modifiée (ou très difficilement).

Depuis quelques années, le marché des actions non cotées connaît un nouveau souffle grâce aux plateformes de crowdfunding. Ces dernières ouvrent ce marché aux investisseurs privés. Ces plateformes démocratisent le recours aux actions non cotées en proposant ces instruments financiers à la souscription aux plus petits investisseurs souhaitant utiliser ce support pour diversifier leurs placements.

Ce marché représente un fort intérêt pour les petits et moyens épargnants dans un contexte où le taux de rémunération du Livret A est d’environ 0,75 %, c’est-à-dire un rendement net négatif en prenant en compte l’inflation. A l’inverse, le marché non coté peut servir de retour sur investissement élevé. Par ailleurs, les épargnants souhaitant donner du sens à leur épargne y voient un moyen de financer en direct les entreprises agissant pour des causes qui leur sont chères telles que la santé, les nouvelles technologies ou l’environnement. En effet, le non-coté est un marché au service de l’économie réelle. Il finance directement les entreprises qui ont un besoin financier immédiat et concret. Les fonds récoltés peuvent servir à recruter de nouveaux collaborateurs, acheter des équipements ou financer de la recherche & développement. L’impact de l’investissement est directement perceptible.

Cependant, comme il s’agit d’entreprises peu matures, en cours de développement, le risque de défaut sur le marché privé y est plus important que sur les grands marchés publics. Les retours sur investissement sont la plupart du temps imprévisibles. Ils ne sont connus qu’au terme de la durée de placement lorsque l’entreprise est revendue ou introduite en bourse.

Différences entre le marché coté (public) et le marché non-coté (privé)

La principale différence entre ces deux marchés réside dans la liquidité du placement. Il est pratiquement impossible pour un investisseur de se désengager d’un investissement non-coté avant l’arrivée à échéance de celui-ci. À l’inverse, les actions cotées peuvent être revendues facilement à tout moment. L’horizon d’investissement d’un placement en “private equity” est donc à priori plus long que l’horizon d’un placement sur les marchés cotés (actions notamment), surtout lorsqu’il s’agit d’un Fonds Commun de Placement dans l’Innovation (FCPI) ou d'un Fonds d’Investissement de Proximité (FIP) dont la durée d’investissement est généralement comprise entre 6 et 10 ans. Dans le crowdfunding, cette contrainte est moins forte car il existe de nombreux projets à échéance courte, de seulement 1, 2 ou 3 ans. Equisafe veut entre autres rendre les actions non-cotées librement échangeables en automatisant les règles de cession et d’acquisition.

Par définition, les investissements en “private equity” ne sont pas cotés. La volatilité est donc relativement faible ce qui permet d’éviter de subir les humeurs parfois capricieuses des marchés financiers ainsi que le stress qui peut en découler. En effet, sur le marché coté, le prix (ou le cours) varie en fonction de l’offre et de la demande. Le prix est déterminé instantanément par la confrontation entre le stock d’actions mis en vente et le stock d’actions demandé à l’achat. Si le nombre d’actions demandé par les acheteurs est plus élevé que le nombre d’actions mis en vente, le cours de l’action monte, et inversement. Cette forte volatilité des prix peut également être jugée dangereuse par certains. La notion du marché “hors-sol” revient souvent quand il est question des plus grandes places boursières au monde. Certains craignent une surévaluation de la capitalisation que représentent ces marchés comparé aux réalités économiques et sociales d’un pays. D’autres critiquent également les réactions disproportionnées. La conjoncture socio-économique entraîne des corrections brutales comme, par exemple, mi-mars 2020, lors de la crise liée à la pandémie COVID-19, quand le cours du CAC40 a chuté de plus de 30 % en quelques jours.

La prévision de la rentabilité est un sujet primordial en investissement. Si personne ne peut prévoir l’avenir, il est cependant possible d’anticiper les tendances et dynamiques futures pour les rendements prévisionnels. Sur le marché public, les investisseurs sont rémunérés annuellement sous forme de dividendes. A cette rémunération, peut s’ajouter une plus-value, ou moins-value, selon qu’ils revendent leurs titres à un prix supérieur ou inférieur à celui auquel ils les ont achetés. Même si de grandes tendances haussières (bull) et baissières (bear) se dégagent sur les marchés publics, il est difficile de prévoir le cours futur et ainsi la plus-value réalisée. En revanche, les dividendes font l’objet d’une simulation prévisionnelle chaque année pour déterminer leur valeur approximative. Un rendement peut ainsi se profiler pour les investisseurs.

Sur le marché non coté les entreprises ne distribuent que très peu de dividendes. En effet, elles sont encore en pleine expansion et ont besoin d’un fort besoin de financement. Les jeunes entreprises sont obligées de réinvestir les bénéfices effectuées au cours de l’année précédente dans leur activité. La seule opportunité de rentabilité pour les investisseurs repose donc sur la plus-value effectuée lors de la revente de leurs titres. Le prix de revente ne peut pas être connu en temps réel ni même anticipé avec précision, ce qui en fait un marché relativement incertain. Néanmoins, de nombreux investissements en crowdfunding, sous forme d’obligations, ont une rentabilité prédéfinie lors de leur ouverture au public. Certains investisseurs sur le marché non coté peuvent donc apprécier à l’avance leur retour sur investissement.

Enfin, l’investissement en “Private Equity” en France permet de bénéficier d’avantages en termes de défiscalisation que n’offrent pas les investissements sur les marchés cotés. Les FCPI / FIP tout comme le crowdlending ou crowdequity peuvent permettre de bénéficier de réduction d’impôts sur le revenu. C’est souvent cet argument qui convainc les particuliers de venir investir une partie de leur patrimoine sur le segment du non-coté.


A une période où la croissance mondiale ralentit, où les marchés boursiers se caractérisent par une très forte volatilité, les investisseurs ont besoin de diversifier leurs positions. Ce besoin de diversification est couplé à un besoin de rentabilité croissant. Le marché non coté est en mesure de remplir ces critères. Malheureusement, le marché privé et le marché public sont deux univers cloisonnés. Leur accès est très inégalitaire : la majorité des petits et moyens investisseurs n’ont pas accès au marché privé. Un déséquilibre fort s’est installé. Or, la logique économique voudrait que tous les agents économiques aient le même accès aux marchés financiers, de façon libre et tout en connaissance de cause. Cela permettrait une allocation optimale des ressources et une réinjection permanente des liquidités dans le tissu économique.

Nous sommes alors amenés à nous poser deux questions :

Quelles pratiques doivent voir le jour pour pallier aux déficiences du marché privé ?

Comment une plus grande ouverture du marché privé pourrait-elle favoriser l’économie ?


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